« Pendant deux ans, je le ressassais. Lui, il dormait tranquille. C'est moi qui buvais le poison tous les matins. »
Si cette phrase vous parle, c'est probablement que vous avez déjà essayé de « pardonner » — sans y arriver. Et c'est normal. Parce qu'on vous a vendu une définition du pardon qui ne marche pas.
Je reçois en cabinet beaucoup de personnes qui portent une blessure relationnelle qu'elles n'arrivent pas à digérer. Une trahison, un harcèlement au travail, une rupture brutale, un parent toxique, un ami qui les a lâchées. Toutes me disent la même chose : « je n'arrive pas à passer à autre chose ».
Et toutes ont déjà entendu, mille fois : « il faut pardonner pour avancer ». Ce conseil, en l'état, est un piège. Voici pourquoi — et ce qui marche réellement.
Ce qu'on vous a appris (et qui vous bloque)
Quand vous racontez votre blessure à votre entourage, on vous dit en général :
- « Il faut tourner la page. »
- « Ce n'est pas grave, c'est fini. »
- « Il faut comprendre, peut-être qu'il avait ses raisons. »
- « Pardonne et tu seras libéré. »
Le problème de ces phrases, c'est qu'elles vous demandent de mentir à votre cerveau. Votre cerveau a enregistré une blessure réelle. Lui demander de faire comme si elle n'avait pas existé, ou de l'accepter, c'est le forcer à se taire. Et ce qu'on force à se taire ne disparaît pas — ça s'enfouit, et ça ressort par d'autres endroits : le sommeil, l'estomac, la peau, l'humeur, la confiance.
Pire : ce pardon-là vous demande de faire un cadeau à celui qui vous a blessé. Comme si la solution dépendait de lui, ou de votre capacité à comprendre ses raisons. Vous restez en lien avec la blessure, à attendre quelque chose : des excuses, une reconnaissance, une explication. Et tant que vous attendez, vous restez prisonnier.
La métaphore signature : la bouteille de poison
Voici comment je l'explique à mes clients. Quand quelqu'un vous blesse, ce n'est presque jamais volontaire. Ce n'est presque jamais dans le but spécifique de vous faire mal. C'est un moyen pour cette personne de se protéger elle-même, ou d'attirer l'attention vers elle.
Imaginez la scène autrement : cette personne vous a posé une bouteille de poison dans les mains, puis elle est partie. Elle ne pense plus à vous. Elle est passée à autre chose. Elle ne rumine pas votre interaction. Elle ne se réveille pas la nuit en repensant à ce qu'elle vous a dit.
Mais vous, tous les jours, vous passez devant cette bouteille. Et vous vous dites : « ah oui c'est vrai, j'ai mal ». Vous buvez le poison qu'on vous a laissé. C'est vous qui souffrez. Pas l'autre.
Et la chose essentielle, c'est ceci : cette bouteille de poison est dans votre tête. Il n'y a que vous qui pouvez la détruire.
Le vrai pardon : exploser la bouteille
Le pardon, dans le sens où je l'utilise en hypnose, ce n'est pas accepter, ce n'est pas comprendre, ce n'est pas excuser. Le pardon, c'est prendre cette bouteille de poison et l'exploser. Et ne plus jamais la laisser revenir dans votre tête.
C'est une décision. Une décision violente, presque égoïste — et c'est exactement ce qui la rend efficace. Vous ne dites pas « ok ce n'est pas grave ». Vous dites :
- « Je ne te donne plus le pouvoir d'occuper mes pensées. »
- « Je ne te donne plus le pouvoir de me stresser. »
- « Je ne te donne plus le pouvoir de gâcher ma journée, mon sommeil, mon humeur. »
- « Tu n'as pas mérité d'occuper cet espace mental. Tu n'auras plus cet espace. »
Vous remarquerez la différence : vous ne demandez plus rien à l'autre. Vous ne lui demandez ni excuses, ni reconnaissance, ni explication. Vous reprenez ce qui était à vous depuis le début : votre espace mental.
Pourquoi cette définition fonctionne (alors que l'autre échoue)
Comparez les deux approches sur quatre dimensions essentielles :
- Reconnaissance de la blessure — Le pardon culturel demande de minimiser. Le vrai pardon valide : oui, l'autre a posé un poison.
- Désignation de qui souffre — Le pardon culturel laisse flou. Le vrai pardon nomme : c'est vous, pas lui.
- Localisation du levier — Le pardon culturel attend l'autre. Le vrai pardon vous remet le contrôle : la bouteille est en vous.
- Action concrète — Le pardon culturel ne dit pas comment faire. Le vrai pardon donne un geste précis : exploser la bouteille, ne plus la laisser revenir.
C'est cette mécanique qui débloque les ruminations. Pas un état d'esprit, pas une volonté, pas une discipline. Une décision, et un geste mental précis.
« Mais alors, je dois pardonner à tout le monde ? »
C'est la question qui revient le plus souvent en séance. Et la réponse est non. Le pardon, dans cette définition, n'a rien à voir avec la personne en face.
Vous n'êtes pas obligé de la revoir. Vous n'êtes pas obligé de lui parler. Vous n'êtes pas obligé de lui dire que vous avez « pardonné ». Elle peut continuer à être insupportable, manipulatrice, indigne — ça ne change rien.
Le pardon-bouteille de poison ne s'adresse pas à elle. Il s'adresse à vous. C'est un acte d'hygiène mentale, pas une faveur faite à l'autre. Et c'est précisément pour ça qu'il fonctionne.
« Quand on m'a expliqué qu'il n'avait jamais pensé à moi pendant que moi je le ressassais, ça m'a fait l'effet d'une claque. J'avais perdu deux ans à le porter dans ma tête. Lui, il vivait sa vie. »
Beaucoup de mes clients vivent ce déclic exactement comme ça. Ce n'est pas joli, ce n'est pas mystique, c'est une prise de conscience presque mathématique. Et c'est ce qui ouvre la porte à la libération.
Ce qui change avec l'hypnose
On peut comprendre intellectuellement le concept de la bouteille de poison et continuer à ressasser. C'est normal — votre cerveau a enregistré la blessure dans le subconscient, et le subconscient ne se laisse pas convaincre par le raisonnement. Il fonctionne avec des images, des sensations, des émotions.
En séance, on travaille la décision par l'expérience plutôt que par le concept : on installe le geste mental dans une scène intérieure précise, suffisamment incarnée pour que le subconscient l'enregistre comme un événement réel. Une fois cet ancrage posé, la rumination quotidienne perd sa traction — vous pouvez désormais la déposer au lieu de la transporter.
Mais ce qui rend ce travail durable, c'est ce qu'on en tire :
« Tendre l'autre joue, ce n'est pas pour se prendre une nouvelle claque. C'est parce que cette fois-ci, je saurai réagir. »
C'est exactement ce qu'on installe en sortie de séance. Pas une posture de victime résignée. Pas une revanche non plus. Une lucidité tranquille : si quelqu'un d'autre tente quelque chose de similaire, vous le verrez tout de suite — vous reconnaîtrez les premiers signes, vous réagirez plus vite, plus tôt, sans hésiter.
Une expérience traumatique qu'on a traversée et comprise n'est plus un trauma — c'est une donnée. Vous savez ce que c'est, vous savez quoi en faire, et vous savez que vous y survivrez si ça se reproduit.
En général, à la fin d'une séance comme celle-ci, mes clients me disent qu'ils ont l'impression d'avoir « posé un sac de pierres ». La rumination s'arrête. Le sommeil revient. Et surtout, ils n'ont plus l'autre dans la tête en permanence.
Ils l'ont vécu
« J’appréhendais énormément cette séance, car cette science m’étais alors jusqu’ici inconnue ( à part certaines connaissances d’antan qui m’en avaient toucher un mot) donc c’est avec courage et bravoure ( je ne sortais quasiment plus de chez moi depuis 2 ans il fallait que je sois systématiquement accompagnée par mes proches du haut de mes 33 printemps ) que je me suis rendue au cabinet de MR KIMPE. Ce charmant Mr a su me rassurer au fur et à mesure de notre long échange de part son expérience de vie personnel qui avait tendance à me parler et surtout par le fait que je ne me sentais absolument pas jugée. J’ai laisser des problématiques m’envahir qui au final ont eu raison de moi. Je me sentais comme submergée , étouffée, oppressée, stressée bref je suffoquais, littéralement oui…je suffoquais . A la sortie du cabinet , je n’ai pas tout de suite vu la «magie s’opérer » et ressentais une immense fatigue ,puis,ce matin, j’ai ressenti un sentiment que j’avais oublier : la joie ! Je me suis lever de très bonne humeur , motivée , prête à affronter le monde , j’ai pu aller chez le kiné à pied et je suis même aller à la boulangerie seule sans être accompagnée et sans me sentir oppressé ni ayant ce besoin d’absolu rentrer chez moi! Dit comme cela ça n’a pas l’air d’être laborieux mais je vous assure que lorsque ça fait 2 ans que l’on a peur de sortir et bien ça relève du défi et ce qui est juste formidable c’est que cela c’est fait de manière naturel sans que j’ai à me forcer ni à me convaincre. J’en avais même envie !!!! Je me suis sentie et me sens en sécurité seule et Mon dieu comme c’est rassurant et Apaisant! Un immense merci à Mr KIMPE qui est une personne chaleureuse, respectueuse du vécu de chacun qui n’impose aucun diktat et surtout pour son grand professionnalisme. Vraiment Gregory merci tu m’as sauvé ! »
wafaa bouna
Avis Google
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Si vous voulez aller plus loin sur la mécanique du stress et des ruminations, lisez aussi mon article sur l'hypnose et le stress.
Si vous êtes dans ce schéma
Ressasser une blessure pendant des mois ou des années n'est pas un trait de caractère. Ce n'est pas une faiblesse. C'est le signe que la blessure n'a pas été traitée correctement — elle est juste enfouie sous une couche de « il faut passer à autre chose » qui ne tient pas.
La bonne nouvelle, c'est qu'on peut la traiter. Pas par la volonté, pas par le temps qui passe, pas en attendant des excuses qui ne viendront pas. En reprenant le contrôle de l'espace mental qui vous appartient — et en explosant la bouteille qu'on vous a laissée.
C'est une décision. Et c'est une décision que vous pouvez prendre maintenant.
Questions fréquentes
Et si je n'arrive pas à pardonner même après une séance ?
Le pardon, dans cette définition, n'est pas un état permanent à atteindre du premier coup. C'est un geste mental qu'on apprend à refaire chaque fois que la rumination revient — au début souvent, puis de moins en moins. Une séance d'hypnose pose le cadre et installe le geste ; le travail d'autonomie continue ensuite, avec une efficacité qui augmente avec la pratique.
Est-ce que je dois forcément revoir ou recontacter la personne ?
Non. Le pardon-bouteille de poison ne s'adresse pas à l'autre, il s'adresse à vous. Vous n'avez aucune obligation de revoir, de parler, de signaler quoi que ce soit. La libération se fait à l'intérieur de votre tête, sans interaction extérieure nécessaire.
Ça marche pour les blessures très anciennes (plus de 10 ans) ?
Oui — souvent encore mieux. Une blessure ancienne qu'on porte depuis longtemps a généralement été ressassée des centaines de fois sans solution. Quand le concept et l'expérience hypnotique débloquent enfin la mécanique, la libération est souvent plus spectaculaire que sur des blessures récentes.
Combien de séances faut-il en général ?
Cela dépend de l'ancienneté, de l'intensité émotionnelle, et de l'existence d'autres blessures connexes. Sur une blessure isolée bien identifiée, une seule séance suffit souvent à faire le tri et installer la pratique. Sur des situations multi-couches (harcèlement long, conflits familiaux complexes), 2 à 3 séances permettent de traiter les couches successivement.
Et si la personne continue à me faire du mal aujourd'hui (ex : collègue toxique encore présent) ?
Dans ce cas, le travail se fait sur deux fronts : le pardon-bouteille de poison pour la charge accumulée du passé, et la pose d'une carapace mentale (ce que j'appelle la technique du Crocodile) pour filtrer les agressions présentes et futures. Les deux outils se complètent : l'un nettoie, l'autre protège.